Engagement à vie de Peter Boniface dans la CCN - Homélie du Cardinal Piat

Peter Boniface, natif des Seychelles et en mission à Maurice, s’est engagé à vie au célibat dans la Communauté du Chemin Neuf lors d'une célébration présidée par le Cardinal Piat le dimanche 7 août. Ci-dessous, l'homélie du Cardinal Maurice E. Piat à cette occasion.

Il est beau de pouvoir relire les principales étapes du chemin parcouru par Peter et par chacun de nous à la lumière de la parole de Dieu que nous avons entendue aujourd’hui.

  1. Pour Abraham et comme pour beaucoup d’entre nous, et pour Peter, tout commence par un appel à quitter quelque chose, à partir prendre un départ. Cet appel du Seigneur est souvent répété et renouvelé à plusieurs reprises 
  2. Un premier appel résonne souvent à travers les sacrements de l’initiation, le baptême, puis la Première Communion et la Confirmation ; un appel transmis principalement par nos parents et nos proches, la paroisse ;
  3. Un deuxième appel à aller plus loin a dû résonner pour Peter à travers l’invitation à participer avec son épouse à la retraite CANA ; et puis à travers le drame de la mort de son épouse pendant la retraite, épreuve qui a dû beaucoup le travailler.
  4. Et puis, après un temps de deuil, il y a eu l’appel à continuer son chemin de foi avec la Communauté du Chemin Neuf.
  1. Comme Abraham, il s’est mis en route parce qu’il avait entendu une promesse et qu’il a fait confiance à Celui qui lui faisait cette promesse. Mais comme Abraham, il « partit sans savoir où il allait » - dans la foi. Cela l’a conduit, comme Abraham, à séjourner en immigré en terre étrangère à l’île Maurice, puis en France, puis à la Martinique, puis au Congo Kinshasa et encore à l’île Maurice. Il « vivait sous la tente », i.e., dans des domiciles provisoires, le pied léger, le cœur léger, sans trop se préoccuper de ce que pourrait être la prochaine étape.
  1. Comme Abraham, Peter a avancé, nous avons avancé dans la foi d’étape en éetape. Et comme Abraham, nous mourrons aussi sans avoir connu la pleine réalisation de la promesse, et dans la foi, nous confesserons, comme Abraham, que nous sommes des « étrangers et des pèlerins sur la terre », et que nous « aspirons à une patrie meilleure, celle des cieux ». Ce pèlerinage que Peter a commencé, et où chacun de nous est engagé lui aussi, est un chemin de foi – nous partons dans la foi et nous mourrons dans la foi. Ce pèlerinage peut être laborieux, éprouvant ; mais nous pouvons avancer si « sans regarder en arrière », nous fixons nos yeux sur Jésus, le chef de notre foi qui la mène à sa perfection.

En fait la vocation propre de la vie consacrée, celle de Peter et de tous les consacrés de la Communauté, consiste justement à témoigner combien la vie humaine prend tout son sens, s’éclaire, s’anime lorsque nous gardons les yeux fixés sur cet horizon eschatologique, i.e., un horizon au-delà de tous les horizons que notre vie terrestre peut nous offrir, l’horizon de la maison du Père dont Jésus nous parle au dernier repas, cette maison où nous sommes attendus, où Jésus est allé nous préparer une place mais que nous ne pouvons pas imaginer, une maison dont on ne nous montre pas les photos, et dont nous ne pouvons ni connaître ni imaginer sa disposition intérieure, ou la vue qu’on a de là-bas.

Jésus nous dit seulement « Venez et vous verrez ». Faites confiance « Soyez sans crainte petit troupeau : votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume ». C’est dans ce Royaume que se trouve notre patrie, tout ce à quoi nous aspirons de tous les fibres de notre être.

Car c’est dans ce Royaume que se trouve notre trésor, le trésor d’un amour gratuit, miséricordieux, qui donne sens à notre vie, qui nous rend capable d’aimer comme nous sommes aimés, de témoigner gratuitement de ce que nous avons reçu gratuitement. Si nous laissons ce trésor captiver notre cœur alors nous n’aurons plus goût à accumuler des biens ni à chercher à être le premier, mais nous trouverons notre joie dans le service humble et désintéressé des frères et sœurs. « Tu nous as fait pour toi Seigneur et notre cœur est sans repos tant qu’il ne rpose en toi ».

Jésus insiste justement sur l’importance d’attendre le maître qui doit revenir. Ce n’est pas une attente passive, chacun pour soi dans son coin. C’est une attente en tenue de service, une attente vécue comme des intendants avisés qui veillent à ce que chacun ait de quoi tenir debout, dans la foi et ne pas s’endormir. Une attente qui se passe à partager le pain, à servir simplement, humblement.

Et quand le Seigneur reviendra ce sera la grande surprise, l’éblouissement car nous le verrons se mettre lui-même en tenue de service et nous faire prendre place à table. Comme pour nous dire que c’est dans ce service mutuel que se trouve le secret de cette joie complète, cette joie éternelle qui est la sienne et qu’il veut nous partager.

C’est peut-être dans ce sens que la petite Thérèse a pu dire « je passerai mon ciel à faire du bien sur la terre ».

Au moment où Peter va prononcer ses vœux et s’engager comme un vrai fils d’Abraham sur ce chemin de foi et d’espérance, soyons auprès de lui comme des frères et des sœurs, en tenue de service nous aussi, chacun renouvelant son engagement propre et se disposant à veiller avec Peter comme des serviteurs qui attendent le retour de leur maître.

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